Revenir aux actualités LE SOLIDAGE C’est quoi une espèce exotique envahissante (EEE) ?Une espèce exotique envahissante (EEE) est une espèce végétale ou animale introduite par l’Homme, volontairement ou accidentellement, en dehors de son aire de répartition naturelle et qui, une fois installée, peut se développer rapidement et avoir des impacts sur les écosystèmes, la biodiversité ou les activités humaines. Avant de devenir envahissante, l’espèce exotique doit franchir quatre barrières : géographique (aire de répartition), environnementale (acclimatation), reproductive (naturalisation), et dispersion (Bourgogne-Franche-Comté, 2019). Il est donc interdit d’introduire dans le milieu naturel, que ce soit volontairement, par négligence ou par imprudence, des espèces susceptibles de porter préjudice aux milieux naturels, aux usages qui leur sont associés, ainsi qu’à la faune et à la flore sauvages. Les espèces exotiques envahissantes (EEE) sont encadrées par le Code de l’environnement article L. 411-5 (« Article L411-5 – Code de l’environnement – Légifrance », s.d.). Le cas des Solidages AméricainsLe terme « solidages américains » désigne deux espèces présentes en France : le Solidage du Canada (Solidago canadensis) et le Solidage Géant ou Solidage Glabre (Solidago gigantea). La colonisation par ces plantes conduit à la formation de peuplements monospécifiques, souvent denses et de hauteur relativement importante, limitant ainsi le développement éventuel d’une végétation ligneuse. Ces peuplements présentent également une biodiversité fortement réduite. Une étude a notamment montré qu’en présence de solidage (Solidago sp.), le nombre moyen d’espèces végétales pouvait être réduit de moitié par rapport aux formations herbacées indigènes (Muller, 2004). D’où viennent-ils ?Les deux espèces sont originaires d’Amérique du Nord. Elles ont été introduites en Europe comme plantes ornementales et mellifères, principalement à partir des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles. Le Solidage du Canada (Solidago canadensis) aurait mis davantage de temps à se naturaliser. Son introduction en Europe est attestée vers 1645, tandis que sa naturalisation ne semble avoir été effective qu’au milieu du XXᵉ siècle. Le Solidage géant (Solidago gigantea) aurait été introduit en Europe vers 1750. Ses premiers signalements à l’état sauvage sont toutefois intervenus moins d’un siècle après son introduction, témoignant d’une naturalisation plus rapide que celle du Solidage du Canada (« Solidago canadensis L., 1753 », 2022).Les solidages se développent généralement dans les prairies situées autour des marais ayant subi un abandon des pratiques agricoles traditionnelles, notamment la pâture et la fauche. Ils peuvent également coloniser des zones humides soumises à un assèchement important, notamment en raison de la canalisation et de la rectification des cours d’eau, du drainage des parcelles ou de la modification des régimes hydrologiques. Leur développement peut également être favorisé dans les secteurs où la tourbe a subi une minéralisation importante, notamment sous l’effet de l’intensification des pratiques agricoles. Celle-ci peut entraîner une augmentation de l’érosion des sols, un transfert accru de nutriments et d’engrais vers les milieux humides, ainsi qu’une accentuation de leur eutrophisation (Gelmini, 2007). Présence en France, en Bourgogne-Franche-Comté et dans le DoubsLes deux espèces de solidages sont aujourd’hui largement répandues en France. Observés en Franche-Comté dès les années 1850, les solidages américains sont désormais présents sur l’ensemble du territoire régional. Leur fréquence reste toutefois plus importante dans certains secteurs, notamment dans le Nord-Est de la Franche-Comté (Lure–Belfort–Montbéliard), dans la vallée du Doubs, sur le Second Plateau, en Petite Montagne ainsi que dans le Jura plissé des Grands Vaux. Dans le département du Doubs, selon les données du CBN FC-ORI et de la FDC 25, 29 communes sont concernées par la présence d’au moins l’une des deux espèces de solidages. Le Solidage du Canada est recensé dans 18 communes, tandis que le Solidage géant est présent dans 10 communes. Une commune présente quant à elle les deux espèces (Figure 1). Cycle de développement Leur propagation repose sur une double capacité de reproduction : • sexuée, grâce à la production de nombreuses graines facilement dispersées par le vent et les activités humaines ; • végétative, grâce aux rhizomes, qui permettent la formation de nouveaux pieds et de peuplements denses. Cette capacité à se multiplier à la fois par graines et par voie végétative explique en grande partie leur aptitude à coloniser rapidement les milieux favorables. Des travaux scientifiques montrent également que le Solidage du Canada peut produire des substances susceptibles de limiter la croissance d’autres végétaux, phénomène appelé allélopathie (Zhu, Li, Shao, & Tang, 2022). Méthodes de lutteLa lutte doit être adaptée à la taille du foyer, au milieu et à l’objectif de gestion. Il est généralement préférable d’intervenir rapidement sur les petites populations avant leur extension. Pour les petits foyers, l’arrachage manuel peut être efficace, à condition de retirer autant que possible le système racinaire et de renouveler les interventions. Il faut surtout éviter de disperser des fragments de rhizomes lors des travaux (« Solidago canadensis L., 1753 », 2022). Sur les peuplements plus importants, la fauche répétée constitue une méthode couramment utilisée. Des études expérimentales montrent qu’une fauche deux fois par an peut fortement réduire la biomasse et la reproduction des solidages, à condition que la gestion soit maintenue plusieurs années (Gala-Czekaj, Synowiec, & Dąbkowska, 2021). Le CBNFC-ORI recommande notamment, pour certains foyers de solidages (Solidago sp.), d’alterner deux fauches et deux arrachages avant la floraison, et ce pendant plusieurs années. À titre d’exemple, le protocole peut prévoir une fauche en mai, un arrachage en juin, une seconde fauche en juillet, puis un nouvel arrachage en août. Il est également possible de mettre en place une bâche à la suite d’une fauche ou d’un arrachage, pendant une durée minimale de trois mois. Cette méthode permet de priver les plantes de lumière et ainsi de limiter, voire d’empêcher leur repousse. Toutefois, il est généralement recommandé de procéder à un réensemencement de la zone après le retrait de la bâche afin de favoriser la recolonisation par la végétation indigène et de limiter le risque de reprise du solidage. Le calendrier des interventions constitue un facteur déterminant dans la gestion de ces espèces. Une fauche réalisée avant ou au début de la période de floraison permet de limiter l’accès au stade reproducteur et, par conséquent, la production et la dissémination des graines. Il convient donc d’éviter toute intervention susceptible de favoriser la dispersion des graines pendant la période de fructification. Il est fortement recommandé de ramasser les déchets végétaux issus des interventions et de les éliminer dans une filière adaptée, telle qu’un compostage contrôlé ou un centre d’incinération. Il est également important de nettoyer soigneusement les outils utilisés ainsi que les chaussures et équipements, afin d’éviter la dispersion de fragments végétatifs ou de graines vers de nouvelles zones et de limiter ainsi le risque d’extension des foyers existants. Il est important après toute intervention, de réaliser un suivi des zones infestées afin d’évaluer l’efficacité des méthodes de lutte mises en œuvre, mais également de vérifier qu’aucune nouvelle station de solidage n’apparaisse à proximité du foyer initial. Bibliographie Article L411-5 – Code de l’environnement – Légifrance. (s.d.). Repéré à https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000038846270/2026-07-07?utm_source=chatgpt.comBourgogne-Franche-Comté, P. internet D. (2019, 3 avril). Les espèces exotiques envahissantes. Portail internet DREAL Bourgogne-Franche-Comté. Repéré à https://www.bourgogne-franche-comte.developpement-durable.gouv.fr/les-especes-exotiques-envahissantes-a7828.htmlGala-Czekaj, D., Synowiec, A., & Dąbkowska, T. (2021). Self-Renewal of Invasive Goldenrods (Solidago spp.) as a Result of Different Mechanical Management of Fallow. Agronomy, 11(6), 1065. https://doi.org/10.3390/agronomy11061065Gelmini. (2007). lutte contre le solidage bilan des méthodes et perspectives 2007 benjamin GELMINI. Bing. Repéré à https://www.bing.com/searchMuller. (2004). Plantes invasives en France – Scientific Publications of the Muséum national d’Histoire naturelle, Paris. Repéré à https://sciencepress.mnhn.fr/en/collections/patrimoines-naturels/plantes-invasives-en-franceSolidago canadensis L., 1753. (2022, 4 novembre). CBNBFC ORI. Repéré à https://cbnbfc-ori.fr/fiche-espece/especes-vegetales/5797b/14623Zhu, X., Li, W., Shao, H., & Tang, S. (2022). Selected Aspects of Invasive Solidago canadensis with an Emphasis on Its Allelopathic Abilities: A Review. Chemistry & Biodiversity, 19(10), e202200728. https://doi.org/10.1002/cbdv.202200728